dimanche 5 juil. 2009, par Vincent Folliot | Enregistrer ce document en PDF |
Article modifié le 9 juin 2010
Sur la place de Michel Onfray, gastrophilosophe au rayon pub-philosophie, je tiens donc, par une brève et fragmentaire étude d’un de ses écrits, renforcer la preuve du vide de la pensée du personnage. L’œuvre, insignifiante, ne réclamant qu’une correction purpurine.
Michel Onfray cultive une liberté de pensée et d’action. Le voilà donc qui s’échine, dans un court travail de 80 pages, à aborder le thème difficile de la Révolution française et à y délivrer une pensée qui, me semble-t-il, ne peut rivaliser avec un quelconque manuel de seconde. Bref, Michel Onfray s’esquinte dans le champ de l’histoire [1] et ça tombe bien. « La religion du poignard – Eloge de Charlotte Corday ». Voilà le titre.
Voici la quatrième de couverture et l’accroche vendeuse :

Charlotte Corday incarne le refus d’une gauche de ressentiment qui jouit de l’occasion offerte par 1789 pour donner libre cours à sa haine, ses jalousies, ses envies. Elle qui a lu Plutarque et Corneille, son ancêtre, elle ne se contente pas de pérorer dans un temps où l’on parle beaucoup, souvent à tort et à travers : elle agit. Quel intérêt de lire et d’admirer les grands romains de la République si, dans ces circonstances historiques particulières, on ne se hisse pas à leur hauteur ? Elle dit clairement son républicanisme et son mépris de la faiblesse du Roi, elle affirme les idéaux des Lumières et se soucie comme d’une guigne des vertus chrétiennes, elle peste contre le dévoiement de l’esprit de 1789 dans le sang de la Terreur, elle est la véritable Amie du Peuple alors que Marat, emblématique homme du ressentiment, se sert de la Révolution française pour régler des comptes avec le monde qui ne lui a pas donné ce qu’il attendait : titres de noblesses, visibilité mondaine, argent, pouvoir, honneur, reconnaissance institutionnelle.
Charlotte Corday incarne le tyrannicide, cher au cœur des amis de Plutarque. Elle incarne la morale et la vertu, la pureté et l’idéal dans un monde où triomphent le vice, l’immoralité, l’impureté, la haine. Son geste fonde la « religion du poignard », selon les mots de Michelet, une religion sans Dieu bien utile en nos temps déraisonnables de nihilisme triomphant.
…Et Onfray d’évoquer la tirade de Michelet, cette « religion du poignard » qui serait fondée par l’assassinat de Marat. Il y a là récupération et falsification. Michelet montre, par cet exemple et avec raison, que c’est dans le peuple que se trouve la source première de l’énergie des acteurs révolutionnaires et Onfray, récupérateur, de brandir la sentence à connotation républicaine, puis de la vider de sa substance tant il voudra montrer que ce peuple miséreux (!) est une outre vide de politique pour ne garder que Charlotte et son héritage romain [2].
Soumettons au lecteur la phrase suivante (p. 14) :
« Le peuple [3] ne veut ni la liberté, ni la République, il souhaite manger à sa faim sans plus ».
Onfray dépolitise le corps social en lui projetant le besoin primaire propre à sa survie et que lui-même porte aux nues dès lors que le ventre bien plein nourrit la philosophie.
Ce faisant, Onfray refuse l’idée qu’une énorme partie de la société se lance dans une entreprise d’auto-institution explicite, car telle est la radicalité historique exprimée par la Révolution française : L’élan vers la démocratie.
Doit-on lui donner à lire les cahiers de doléances pour qu’il se rende compte des revendications libérales d’une population qui ne peut, certes, désirer la République, dès lors qu’elle est un non-sens en 1789, mais qui deviendra plus tard une possibilité quand la confiance entre le Roi et la Nation (qui s’en désolidarise) sera rompue ? N’oublie-t-il pas que le succès de ces cahiers et la qualité remarquable de leur rédaction sont liés à la césure que constitue l’idée – résolument démocratique dans le contexte de l’Ancien Régime [4] – de consulter le peuple ? Et celui-ci en profitera ! Sans doute Onfray dira que sa rédaction fut le fait d’esprits bourgeois lettrés ; l’historiographie a largement montré qu’il n’en est rien et que le métayer affamé sait bien que la dîme et le champart lui enlèveront deux épis sur dix récoltés donc qu’il n’est pas libre de refuser cet état social de fait.
L’égalité devant l’impôt, la liberté de vendre en ville, de mettre fin aux taxes, sont, par exemple, des éléments majeurs des doléances populaires [5]. Ces revendications ne sont nullement incompatibles avec la crise de subsistance qui, par exemple, amènera les Parisiennes, une fois les évènements de l’été 89 passés, à ramener le boulanger, la boulangère et le petit mitron. Au contraire, elles légitiment le bien fondé politique de leur action.
Doit-on rappeler à Michel Onfray la portée de la nuit du 4 août 1789 où fébrilement les députés de la Constituante détruisent symboliquement la féodalité en mettant fin à la société aristocratique fondée sur les privilèges (même si les droits féodaux subsisteront jusqu’en 1792) ? Pourra-t-il comprendre la radicalité de cet évènement qui rompt l’ordre social préexistant, basé sur la hiérarchie, l’ordre ancien, en lui substituant des droits naturels et inaliénables, dont celui d’être l’égal de l’autre ? « La révolution française ne peut créer politiquement si elle ne détruit pas socialement » nous dit Castoriadis [6].
Aussi, l’ordre établi, religieux, traditionnel (dont curieusement Onfray semble nostalgique quand il fait le portrait du père de Charlotte Corday) est remis en cause par la raison, à comprendre comme la volonté, le mouvement d’une pensée qui n’admet d’autre autorité que sa propre activité, soit penser librement au point que l’action politique en devienne une possibilité, un droit et un devoir, l’ivresse libérale concevable jusqu’à l’hubris !
Dans son livre, Onfray n’entend pas « le révolutionnaire » que Condorcet [7], dans son jus contextuel, a parfaitement définit comme un héroïsme radical en quête de liberté. Cette volonté, Onfray va la nier, la répudier, pour ne garder que l’héroïne non révolutionnaire, Charlotte Corday, et lui coller ce que Michelet et d’autres ont déjà fait. Le discours se répète. Le tyrannicide étant l’exception que la nature extraordinaire de Charlotte, remise en scène par Onfray, permet.
De nature, il est question quand l’auteur reprend à son compte cet artifice simpliste, déjà élaboré à la fin du XVIIIe, qui consiste à opposer la laideur physique de l’eczémateux Marat à la beauté virginale, altière de Charlotte Corday [8]. Son ouvrage regorge de cet exercice de style qui décrit le monstre, lui inculque nombre d’affects, évoque son parcours prérévolutionnaire de médecin charlatan, lui coule le bronze de sa perfidie et de son opportunisme bourgeois. Tout ceci est facile (après tout le bon philosophe n’est-il pas celui qui se sustente des meilleurs vins ?) ; mais que nous dit Onfray sur la théorie politique de Marat ? Rien. Qu’en est-il du Marat à partir de 1789, de celui qui a bien souvent anticipé les moments forts de la Révolution ? Pas un mot. Les ennemis d’Onfray sont laids et corrompus ; le bon est beau, donc Onfray est fatalement beau (syllogisme imparable).
Le passage suivant (pages 62-63) mérite attention :
« Dans L’espace de la mort, Michel Ragon, peu suspect de lectures révisionnistes, écrit que, toutes victimes confondues, guerre civile, massacres de septembre et de Vendée compris, la Révolution française fit 600 000 morts. Soit un quart de la France d’alors… De sinistres statistiques montrent qu’on mit à mort 2% de prêtres, 28% de paysans et 31% d’artisans et de compagnons, preuve que la violence révolutionnaire n’a pas supprimé qui l’on croit… »
Voilà, la violence révolutionnaire (elle est évidemment contrôlée, fomentée) touche davantage les petits, ceux qui ont « faim ». Le lecteur aura compris que la Révolution (peu importe, pour Michel Onfray, de lui donner un cadre temporel), aura décimé ¼ de la population française d’alors (!). L’idée du génocide des petits ne saurait tarder. C’est tranché, impérial et percutant mais faux.
Quelques chiffres : la France en 1789 est peuplée de 28 millions d’habitants dont la paysannerie représente sans doute les ¾. Le chiffre de 600 000 morts qu’il dénonce et dont les origines sont pêle-mêle, est un fantasme des « blancs » dont l’exagération va de pair avec la dénonciation du fait révolutionnaire et la victimisation [9] proportionnelle qui en résulte. Quant aux valeurs relatives et fractions, elles n’impressionneront que les idiots. Or, Michel Ragon, à l’instar de quelques auteurs issus de la longue tradition historiographique antirévolutionnaire, soutient l’idée de génocide porté par une République bourgeoise que son appétit libertaire ne peut reconnaître tant elle annoncera – pense-t-il – les totalitarismes du XXe siècle. Faisant ainsi de 1793 la matrice de la modernité et de toutes les résistances à l’oppression, la Vendéenne est celle d’un peuple paysan (que Ragon chérit) agissant, en tant que classe, contre la volonté bourgeoise, centralisée, de l’éliminer [10] par le bras de troupes à dominantes urbaines (artisans).
Cette lecture manichéenne, très critiquable [11], Michel Onfray la reprend avec simplisme en lui greffant le caractère du complot jacobin porté par quelques figures honnies (Marat en tête). Plus grave, cette attitude correspond finalement au déni – je le redis - de l’idée que les masses rurales (et pas forcément paysannes) furent des acteurs majeurs de la révolution [12].
Il est donc tout naturel, chez Onfray, de retrouver bon nombre de rappels sur l’agissement totalitaire des révolutionnaires et de les juger à l’aide d’un vocabulaire à la portée consensuelle forgé sur l’étalon de l’abject proposé par un passé encore brûlant. La démarche est méthodologiquement anachronique et sert de pommade à l’approximation, à l’erreur. Le brassage mémoriel soumet, par les affects mis à vif, l’histoire et en sert de conclusion.
Un exemple (pages 25-26) :
« Il (Marat) proposera que les aristocrates arborent leurs titres à la manière des Juifs avec l’étoile jaune afin qu’on puisse immédiatement les distinguer et leur dénier la qualité de patriotes ».
Onfray n’explique nullement que dans la sémantique de l’auteur de l’Ami du peuple, le qualificatif de patriote est certes l’antonyme d’aristocrate mais que le premier est un idéal autodésignant à la définition vague, soit, en 1789, « celui qui s’adonne à l’esprit nouveau » quand le second sous-entend celui qui s’oppose à l’esprit révolutionnaire. Ainsi chez Marat tout adversaire est appelé « ennemi à la patrie » jusqu’à mai 1790 pour ensuite devenir « ennemi de la révolution ». Il n’y a donc aucun caractère « national [13] » (qui induirait notre définition actuelle du mot « patriote « ), nul racisme ni xénophobie, dans l’acceptation du mot « patriote » mais une dissociation purement d’ordre politique.
Marat dira [14] :
« Il faut empêcher les jadis nobles de se regarder comme des étrangers [15] dans l’État, en cessant de les dépouiller de leurs vains titres »
Au cas où Onfray voudrait connaître la position de Marat à propos des Juifs et de leur statut dans la France révolutionnaire – faisons, nous aussi, une dérivation stupide et hors sujet – celui-ci est contre leur exclusion [16] avant que leur émancipation juridique ne soit votée par la Constituante en 1791.
Encore un nazi ? Voici Sade, défenseur de Marat. Portrait chez Onfray (p. 70) :
« Pas étonnant, sous la plume d’un homme qui, les Cent vingt journées de Sodome » en témoignent, portait au pinacle le système concentrationnaire avec ses rafles, ses déportations, ses milices, ses interrogatoires, ses vexations et ses destructions massives de corps humains, qui jouissait des charniers avec femmes tondues et tatouées […] ».
Qu’apprenons-nous de Sade ? Qu’un type qui écrit de si ignobles écrits doit forcément être un pur nazi (la référence anachronique de l’abject pour ladres) et peu importe si ce « système concentrationnaire » est celui du régime qui l’incarcéra quand il trouve dans l’écriture extrême une compensation à la frustration de son isolement à la Bastille, symbole de l’arbitraire royal. Qu’Onfray ne veuille pas voir que la radicalité de l’écriture du divin Marquis est proportionnelle tant à la puissance morale de l’Ancien Régime qu’à la puissance vénale de l’Homme, que lui-même fait passer l’inquiétude de Queneau [17] à l’accusation définitive d’un auteur à l’aune du discours d’un certain avocat général qui, en 1956 (une douzaine de régimes plus tard) désirait condamner au silence éditorial Jean-Jacques Pauvert [18].
Mais je partagerai avec Onfray le verdict de dangerosité de Sade en faisant mienne cette déclaration de Jean Paulhan, appelé comme témoin à décharge au tribunal de l’affaire Pauvert, et disant :
« Elle (l’œuvre) est dangereuse. J’ai connu une jeune fille qui est entrée au couvent après avoir lu les œuvres de Sade, et parce qu’elle les avait lues. »
Iras-tu au couvent toi l’athée et hédoniste ?
Michel Onfray (page 45) :
« Elle (Charlotte) pourrait passer pour sympathisante des Girondins […] le fédéralisme apposé à la centralisation jacobine ; l’économie physiocratique contre la gestion d’une économie dirigée, l’éloge de la tolérance contre la logique de l’autoritarisme sectaire ; la parole de la province contre la confiscation parisienne du Verbe […]. »
Oui voilà, la province contre Paris. Michel Onfray, Normand, philosophe populaire et buveur de cidre sur la terre de Charlotte Corday et sur les pas d’Alphonse Aulard pour une sociologie frustre et simpliste. Si des Girondins, Louis Blanc disait « Ce furent des artistes égarés dans la politique », nous devons bien admettre le même égarement du pub-philosophe dans les mailles d’une historiographie dont il aura bu quelques bribes plaisantes. Là encore Onfray ne s’intéresse nullement à la lutte politique entre Girondins et Montagnards, n’explique rien à ses lecteurs, cautionne le ralliement de Charlotte Corday aux premiers et auréole leurs chefs dans ce qu’ils – pense-t-il – s’opposent au jacobinisme parisien, rendant visible la province.
Aussi Onfray se fait-il le chantre du fédéralisme d’alors en probable projection de son anti-centralisme parisien (et européen) actuel, responsabilisant l’autorité jacobine, montagnarde et légitimant la saine réaction provinciale. Liant le fédéralisme au parti Girondin (gommant de fait la complexité de ce mouvement), Onfray reprend à son compte le discours montagnard qui consistait justement à pointer le parti ennemi de la « République, une et indivisible [19] » sous prétexte qu’il la menaçait de démembrement. La Terreur suivra. Bravo !
Sur Marat, Onfray annonce à la page 32 :
« Les premières giclées de sang concrètement dues à Marat datent des massacres de Septembre dont il est l’un des principaux instigateurs. […] pour tenter de le dissimuler, on invoque la justice populaire, qui a bon dos […] l’expédition punitive va générer une hécatombe : sans jugement et sans procès, au mépris de toute justice [...] la meute maratiste de chiens en furie abat, tue, massacre, extermine. »
Trois idées chez Michel : Marat est à l’origine du massacre ; absence de justice de la part d’une populace exterminatrice galvanisée, bestialisée, par le même Marat ; il existerait une anonyme volonté (que l’on comprend comme toujours actuelle) de le cacher, donc de protéger le sanguinaire (auquel cas la théorie du complot rendra ce texte critique comme preuve évidente).
Ces trois idées sont fausses et ne résistent pas à la critique historique.
Il n’existe aujourd’hui aucune preuve de préméditation de la part de Marat. Ses appels à la violence sont contemporains de l’évènement, l’accompagnant, et, de toute manière, ce n’est pas parce que la presse annonce les massacres qu’elle les prépare ; « prophétie n’est pas préméditation » [20]. Le frisson devant l’évènement fera d’ailleurs reculer Hébert et Marat, ce dernier navré « de voir la hache frapper indistinctement tous les coupables et confondre les petits délinquants avec les grands scélérats [21] ». Notons que dans son livre, Onfray soutient la cause girondine. Doit-on lui rappeler que les appels à la purge des prisons ne fut nullement l’apanage de l’Ami du peuple et se retrouve chez Louvet et Carra [22] ?
En ce qui concerne « l’absence de jugement », le « mépris de toute justice », c’est justement la perception d’injustice liée à l’impunité des ennemis du peuple qui font que les sentiments mêlés de complot, de trahison et d’abandon se nourrissent des malheurs du temps et amènent au massacre. Cette perception a été alimentée par la presse révolutionnaire [23] mais aussi par les rumeurs inexplicables, dispersées mais synchrones susceptibles d’amener à des hystéries collectives (qui eurent des précédents [24]). La folle réaction de patriotes s’établit également – nous l’avons vu – à un moment de vide du pouvoir, à un éventuel retournement des rapports de force et à la peur d’une action contre-révolutionnaire alors que les volontaires se rallient au « Vive la nation » de Kellermann à Valmy.
En effet, avec la fuite du Roi puis, plus tard, de l’emprisonnement à l’exécution, il se produit ce que Kantorowitz a parfaitement analysé, soit un curieux sentiment de vacance du pouvoir, une perte de repères, l’abandon post trahison. Ici, pour la première fois en France, les deux corps périssent. Or, à partir du moment où la « nation est en danger » à ses frontières, que le peuple parisien anticipe la mise en œuvre des menaces du Manifeste de Brunswick, c’est bien la peur qui va amener la nation à occuper le lieu laissé vide par la royauté d’où son association avec l’idée de Révolution dont s’orne la nouvelle République.
Marat ne reprend la sentence de Barère qu’exprimée de ce cadre politique dont la radicalité nous échappe : « Les aristocrates n’ont point de patrie et nos ennemis ne peuvent être nos frères ».
Onfray n’aura donc rien compris.
Michel Onfray peut insérer ses 80 pages pour un chapitre de plus à l’édifiant « Livre noir de la Révolution française ».
De Marat, j’ai la conviction qu’il n’aura lu que le discours à la Convention du 25 septembre 1792 où il reprend les différentes assertions précédemment évoquées. Quelques passages de Michelet et d’Aulard pour un semblant d’analyse, le tout étant de faire passer la pilule de l’histoire sans s’encombrer de rigueur afin d’amener le lecteur à comprendre que les déviances de la période révolutionnaires sont bien celles qui, par héritage, empoissent la vie politique française, son centralisme, son empoissement que lui, apparent défenseur des petits, de la province, en un discours populiste, abhorre.
Notes :
[1] Ne pas s’attendre à y trouver des références (hormis Michelet et Ragon), les sources des citations sont également absentes. Le lecteur boira à la coupe de la confiance.
[2] Miguel Abensour, « le révolutionnaire moderne en tant que héros » dans « Les aventures de la raison politique », collectif, 2006.
[3] Naturellement Onfray entend par, peuple, sa large composante paysanne et urbaine miséreuse et dominée.
[4] Mais que l’on n’y voit pas là une lubie « démocratique » de l’absolutisme (à la manière de l’argumentation de Burke) ; le régime y est contraint et forcé.
[5] Que cette volonté libérale porte surtout sur l’économie n’est pas un hasard et induira la présence du mot « propriété » en article deux de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen d’août 1789 et même dans celle, républicaine, de juin 1793.
[6] Cornélius Castoriadis, « Le monde morcelé », Le Seuil, 1990.
[7] Marquis de Condorcet, « Sur le sens du mot révolutionnaire », 1793.
[8] Procédé largement étudié par Jacques Guillhaumou dans « La mort de Marat », Editions complexe, 1989.
[9] Cette victimisation a une portée politique. Voir mon article sur le Puy du Fou.
[10] Il n’y a pas eu génocide à défaut de trouver une volonté établie de l’Etat (alors faible) d’exterminer un « peuple » vendéen (qui n’existe pas en tant que peuple) sur des critères définis (race, religion…).
[11] Je n’alourdis pas mon texte autour de ce sujet mais j’invite le lecteur au débat. On pourra notamment s’appuyer sur la réflexion de François Furet qui, sur ce sujet, m’apparait pondérée et lucide.
[12] Il y a trois révolutions en 1789 : une institutionnelle, bourgeoise ; une urbaine, populaire ; une rurale, paysanne. Elles sont chacune leurs logiques propres mais elles ne sont pas autonomes.
[13] Même le mot « nation » est en formation.
[14] L’Ami du peuple, 561, 29 septembre 1791, p. 3442.
[15] La notion d’étranger n’est pas territoriale mais juridique. Les étrangers chez Marat ne jouissent pas de leurs droits politiques et civils.
[16] L’Ami du peuple, n° 77 du 25 décembre 1789 – Marat fait une lecture des débats à l’Assemblée.
[17] De l’imagination d’un homme à la réalité des camps.
[18] Jean-Jacques Pauvert voulait éditer l’œuvre de Sade.
[19] Selon la déclaration du 25 septembre 1792.
[20] Je reprends ici l’analyse de Mona Ozouf dans un très bon article « Massacres de Septembre : qui est responsable ? », l’Histoire N°342, mai 2009.
[21] Discours de Marat du 25 septembre 1792 à la Convention
[22] Annales patriotiques et littéraires du 15 août 1792.
[23] François Furet, dans La révolution en débat, minimise le rôle moteur de la presse dans cette prise de conscience des sectionnaires.
[24] « La croyance dans le complot des prisons était un héritage psychologique de l’Ancien Régime. » Donald Sutherland cité par Jacques Solé, « La révolution en question », p. 150.
6 janv. 2011 00:23, par Catherine
Je lis cet article seulement aujourd’hui 5 janvier 2011 !
Et, dans la foulée, les commentaires qu’il a suscités.
Ne vient-il à l’idée de personne (d’autre que moi) qu’Onfray est tout simplement salarié pour faire ce qu’il fait, comme le furent avant lui Furet, Revel et tant d’autres ? Qu’il lâche son encre et agite tous ses bras comme font les poulpes pour aveugler/déboussoler/intoxiquer les populations sans méfiance ?
Qui finance l’Université « populaire » de Caen ?
Toutes les autres universités populaires ne sont-elles pas financées par l’État et ne forment-elles pas une association ? Pourquoi celle de Caen se distingue-t-elle ? Onfray a gagné à la loterie ? La ville de Caen se fiche des subventions ?
Pourquoi Onfray est-il l’enfant chéri de tous les médias publicitaires sans exception, sinon parce qu’ils font, comme toujours, ce que leurs bailleurs de fonds exigent qu’ils fassent ?
Je trouve les gens, notamment Ashraf Amine, bien naïfs de croire à la sincérité d’Onfray.
Tardivement à vous,
Catherine
28 oct. 2009 08:35, par Amine Ashraf
Merci de votre prompte réponse. Comme vous l’aviez compris ma remarque sur les goûts culinaires de monsieur Onfray était purement ironique. Personnellement je me contrefous de ce que ce type peut bien bouffer, c’est lui qui tiens absolument à nous présenter sa façon de se nourir comme une expérience philosophique qu’il veut faire partager. Je ne saurais rien de sa « souffrance ontologique » devant des cochon-ne-s qu’on mène à l’abattoir, ni de son amour de la bonne charcutaille, s’il ne les exposait pas chaque semaine dans un hebdomadaire de gauche à fort tirage auquel je suis abonné. Je constatais juste que ce monsieur se pose en prescripteur moral extrèmement rigide et jugeant, tout en étant incapable de suivre ses propres prescriptions. Je constatais par ailleurs qu’il était absurde de poser l’idée que les auteur/trice-s sont totalement responsables de l’ensemble des usages et mésusages que les lecteur/trice-s peuvent faire de leurs écrits (Marat responsable de septembre 92, Jünger responsable du fascisme, etc.) et se permettre pour soi-même une violence verbale outrancière à l’égard d’une partie de la population (les laborantins, les militants révolutionnaires,etc.).
Pour en revenir à Marat qui m’intéresse tout de même plus que monsieur Onfray, je pense que vous ne perdriez rien à verser l’ensemble de ses ecrits à votre corpus significatif : le Marat philosophe des « chaînes de l’esclavage », le Marat romancier d’initiation dans le goût de Jean-Jacques Rousseau, le Marat epistolier( qui évoque la question de la souffrance animale et de la souffrance humaine), le Marat scientifique, etc. Une rapide comparaison entre ses écrits prévolutionnaire(marqués par une « sensibilité » exacerbée, bien dans le goût de l’époque)et « l’Ami du peuple » me semble intéressante. Ne serais-ce que pour savoir si la révolution française est une conspiration planifiée par une poignée d’intellectuel-le-s aigri-e-s qui ont flatté les plus bas-instincts de la vile populace pour parvenir à leurs fins(thèse contre-révolutionnaire qui va de l’abbé Barruel à l’athée Onfray, avec une variante anti-maçonne et une variante antisémite) ou si les intellectuel-le-s révolutionnaires se sont radicalisés au fur et à mesure que la pratique révolutionnaire du peuple ouvrait des voies nouvelles (thèse sur laquelle il me semble que nous sommes en accord, vous et moi).
Pour ce qui concerne l’oeuvre scientifique de Marat, je ne lui donne pas plus d’importance qu’elle n’en a eu : il me semble toutefois que l’histoire des sciences est faite d’accumulations quantitatives qui précèdent des sauts qualitatifs, de fausses routes, de gens qui s’égarent et finissent par trouver de nouveaux chemins. De ce point de vue les expériences de Marat participent à leur petite échelle du développement général du savoir humain. Prétendre comme le fait Onfray que Marat est un charlatan obscurantiste qui n’a pas sa place dans la pensée des lumières, sous prétexte qu’il s’est intéressé au baquet de Mesmer et au magnétisme animal, c’est adopter un point de vue téléologique sur l’histoire des sciences. C’est au moins aussi con que de vouloir la déclaration universelle des droits de l’homme en faisant l’économie de la révolution française. C’est donc nier l’Histoire. Je persiste. Bien à vous.
27 oct. 2009 15:18, par Vincent Folliot
Bonjour,
Sur vos quelques objections, je ne refuse pas à Onfray le fait de s’intéresser à l’histoire (ce qui serait idiot), je refuse que ses conneries (énormités) soient béatifiées par un système de communication, de marketing, sous le seul prétexte qu’il est vendeur et montrerait une « altérité » de l’intellectuel. Mais vous l’avez vous même dit.
Pour Marat, il est clair qu’il a été - comme bien d’autres à cette époque - un touche-à-tout avant d’être un politicien et je ne pense pas que ses œuvres aient eues un quelconque impact positif sur le progrès scientifique et peu m’importe [1]. Seulement j’attends d’Onfray qu’il étudie le discours politique de Marat, les actes politiques de Marat et non pas sa vie pré-révolutionnaire, son physique, ses moeurs, qui ne m’intéressent pas et lui servent de diversion facile : le laid est mauvais. Voilà ce qui est inacceptable. Et j’ai un peu peur que vous utilisiez pour Onfray le même procédé qu’Onfray utilise pour Marat... Mais vous êtes sans doute davantage dans l’ironie.
Merci à vous.
Notes :
[1] D’ailleurs, je ne suis pas qualifié pour le dire.
23 oct. 2009 15:10, par ashraf amine
Merci pour cet excellent texte qui remet quelques pendules à l’heure. Le discours sur Marat « chien galeux » excitant ses « chiens enragés » est bien digne de l’abondante littérature contre-révolutionnaire qui nous mène de Barruel à Vichy (souvent teintée d’antisémitisme rabique, Marat étant censé être un patronyme...marrane). La bestialisation de l’adversaire n’est jamais innocente, elle annonce toujours quelques massacres (à justification prophylactiques) d’éléments caractérisé-e-s comme nuisibles (la correspondance de guerre d’Augustin Cochin est un document brut intéressant pour qui s’intéresse à ce type de délire). Je pense que notre philosophe s’abreuve plus à ce genre d’eaux boueuses qu’il ne se « sustente des meilleurs vins », même s’il donne une caution « de gauche » à l’ensemble en se plaçant sous l’aimable patronage du radical Aulard et du libertaire Ragon. La cible d’Onfray c’est l’intellectuel révolutionnaire, censé manipuler la populace. D’où son ardeur à vouloir remplacer Marx, l’intellectuel cosmopolite, par Proudhon, l’autodidacte provincial, dans le panthéon de la gauche radicale. D’où aussi sa haine de Sartre. Pourquoi tant de haine ? Peut-être parce qu’il aurait aimé se poser en gourou de la gauche antilibérale (jusqu’à raconter partout qu’il a résisté stoïquement à l’amicale pression de ses ami-e-s qui le voyaient bien en candidat unitaire aux présidentielle de 2007). Il ne supporte pas que le petit milieu militant le regarde en guignol illuminé et préfère la lecture d’Alain Badiou à celle de ses propres best-sellers de vulgarisation philosophique. On sent qu’il aimerait bien que celles et ceux qui refusent de le prendre au sérieux tâtent un peu de la « religion du poignard ». Malheureusement pour lui, l’époque n’est pas encore propice à l’extermination physique des militant-e-s révolutionnaires. Il prête à la véhémence de Marat un mobile qu’il semble lui même bien connaître : le ressentiment. Entre son ressentiment de « fils de pauvres » pour les philosophes cooptés par l’establishment et son ressentiment de provincial pour les parisien-ne-s, on se dit qu’il n’est pas le mieux placé pour cracher sur la « gauche du ressentiment » et se présenter en chevalier blanc mû par sa seule compassion pour l’humanité souffrante. Notons au passage que le concept d’« homme du ressentiment » qu’il reprend pour qualifier Marat à été forgé par Nietzsche comme arme de combat contre la démocratie et le socialisme. Entre Nietzsche, le hobereau préfasciste et Proudhon le « libertaire » crachant sa haine des femmes et des juifs, on se dit qu’Onfray est en bonne compagnie pour refonder une gauche « vraiment à gauche ».
Donc merci pour ce salutaire dégonflage de baudruche.
Je regrette juste que vous répondiez à Onfray en utilisant le discours de l’expert en lutte contre le « populisme » et la « connerie ambiante ». Onfray dit avoir écrit son livre en un dimanche après-midi... il est donc au sens propre un historien du dimanche. Cela dit je vois mal comment concilier votre souci démocratique de rendre au peuple le droit à la parole avec le refus de laisser le citoyen Onfray s’intéresser à l’histoire de son pays. Si on laissait aux seul-e-s historien-ne-s le soin d’écrire sur l’histoire on aurait guère progressé dans notre connaissance de la guerre d’Algérie en général et du 17 octobre 1961 en particulier (par exemple). Votre blague sur « le bon philosophe qui se sustente des meilleurs vins » sent un peu le corporatisme falluchard : un philosophe peut tout à fait s’aventurer dans d’autres domaines des sciences humaines, pour l’instant qu’il fasse preuve d’un minimum de rigueur méthodologique. Le problème d’Onfray c’est qu’il rejette non pas la discipline universitaire historique mais l’Histoire avec un grand H. Il se permet de juger des faits vieux de deux siècles au nom d’une morale qu’il croit intemporelle mais qui n’est que l’expression de sa propre conscience de petit-bourgeois provincial du début du XXIe siècle. Il rejette en bloc les grands mouvements historiques émancipateurs que furent la révolution française et la guerre de libération algérienne après les avoir passé au lit de Procuste de ses propres catégories morales. Même chose pour la pratique scientifique : Onfray nous présente Marat comme un vivisecteur sanguinaire, parce qu’il a pratiqué des expériences scientifiques sur des bœufs. Ce seul fait vaut à ses yeux condamnation définitive. Pourtant, quand il va chez le pharmacien, Onfray ne se pose pas de question quand au fait que l’espérance de vie ait considérablement augmenté depuis le XVIIIe siècle. C’est du haut de l’expérience scientifique accumulée depuis Marat qu’Onfray, petit-bourgeois sensible à la libération animale mais grand amateur de cargolades et de charcuteries cuites sur des braises de sarment, pontifie sur Marat qui écrivait pourtant que la souffrance animale lui était douloureuse mais lui semblait secondaire face aux maux qui accablaient l’espèce humaine. Onfray, l’ami des animaux qui mange ses propres ami-e-s (pour l’instant qu’ils/elles soient cuits sur des braises de sarments, belle preuve d’humanité de sa part !) s’est inquiété de la violence homicide de certain-e-s de ses ami-e-s antispécistes contre le personnel des labos pharmaceutiques. Que dirait-il si on faisait de lui l’auteur intellectuel de ces violences avec autant de légèreté qu’il fait de Marat l’auteur intellectuel des massacres de septembre ?
30 juil. 2009 09:31, par Vincent
La connerie est ici à son comble avec l’article du sémillant Franz-Olivier Giesbert dans Le Point. Citons :
La philosophie a ceci de commun avec le journalisme qu’elle accouche d’imposteurs à la chaîne. Des pseudo-philosophes, généralement médiatiques, qui enfilent les perles et les banalités sur le bonheur, l’amour ou la mort. Michel Onfray est à rebours de tous ces fumistes.
Ou encore :
Certes, Onfray provoque souvent des frissons au fil des pages. Quand, par exemple, il raconte une scène de cannibalisme à Caen, en 1789. Ou bien les massacres de Septembre, en 1792, où mille quatre cents détenus furent égorgés ou décapités à la queue leu leu par la lie de l’humanité. Ou encore l’assassinat de l’immonde et scrofuleux Marat, la haine personnifiée, le révolutionnaire devenu tyran sanguinaire.
Voilà. Tout est dit sur la collusion d’intérêts entre l’état critique réduit à rien d’un journalisme inféodé au système Onfray, soit une connerie qui ne doit pas être trop dénoncée, de la « fraîcheur » littéraire, du style, et une logique économique, de vente, à préserver. La manne merde !
18 juil. 2009 16:09, par Vincent
Sur les errements « intellectuels » du personnage :
http://www.liberation.fr/tribune/0101101808-onfray-se-trompe
8 juil. 2009 04:21, par Vincent
Ah tu y tiens Hugh au catalogue de La Redoute, avec ses pages de lingerie féminine ! Comme je te comprends !
7 juil. 2009 16:44, par hugh
je vois pas en quoi un catalogue de VPC serait représentatif de la connerie ambiante.
6 juil. 2009 10:51, par Vincent
Voici un lien d’une élue (!) intéressant par sa lecture - émerveillée - du livre d’Onfray. Je note la phrase suivante :
Onfray fait donc l’éloge d’une femme qui ne se contente pas de pérorer dans un temps où l’on parle beaucoup, souvent à tord et à travers : elle AGIT.
Tout est là et transposable à notre époque. Ne surtout pas réfléchir, penser, il faut agir, le plus possible dans la radicalité (à comprendre dans ce qui va plaire au plus grand nombre, ce qui va contenter et conforter la mollesse). Et ces gens là se diront ensuite novateurs, dépoussiéreurs, réformateurs, critiques, mandatés qu’ils sont pour oeuvrer au bien public !